Les Jolies Loques à Avignon Off 2011

Du 8 au 31 Juillet, retrouvez la pièce Les Jolies Loques, de Jehan - Rictus, au Théâtre de  l'Esperluette, dans le cadre du Festival Avignon Off 2011. Il s'agit d'un monologue d'un sans abri, interprété par Antoine Chapelot, qui relate sa vision de la vie dans l'indifférence générale... mais pas du spectateur ! Pour l'occasion, l'équipe du Mag a rencontré l'artiste de la compagnie du Théâtre de l'Hyménée pour en savoir plus sur son émouvante création.

Source : http://zetteandthecity.fr/

1 – Pouvez-vous présenter l'histoire de votre compagnie, le Théâtre de l'Hyménée, ainsi que votre parcours d'artiste ?
Le théâtre de l’Hyménée est né à la toute fin du siècle dernier, et emportés par les flots tonitruants de la crue de novembre 1999, nous nous sommes échoués sur les berges d’un village des Corbières. Nous avons depuis développé notre sens et notre plaisir du Théâtre, les partageant par de nombreuses actions de formation (ateliers, interventions en milieu scolaire, stages), par l’accueil de spectacles, et bien sûr, par la création et la diffusion de nos spectacles. Nous avons ainsi contribué grandement à l’expansion d’un vrai maillage culturel en milieu dit rural.
Quant à moi, j’ai appris le Théâtre avec le théâtre du Campagnol dans les années 1984, puis mes pas m’ont guidé vers l’audiovisuel et le cinéma pour lesquels j’ai travaillé de longues années comme assistant de production ou de réalisation, avant de revenir à mes véritables amours, d’abord comme assistant metteur en scène, puis auteur et comédien. Avant de créer le Théâtre de l’Hyménée.
Nous travaillons beaucoup sur la théâtralisation de la poésie et la mise en œuvre de spectacles itinérants, champêtres, je dis « sylvestres » j’aime bien ce mot, et interactifs avec les spectateurs. Nous partons ainsi tous à la découverte de sentiers, de lieux, qui deviennent insolites, fantastiques…
Je mets en scène aussi de nombreux groupes, compagnies amateurs, chorales, qui cherchent un metteur en scène capable de les guider, aussi nombreux soient-ils.

2 – Est-ce la première fois que vous proposez un spectacle à Avignon Off ? Si oui, de quelle manière l'appréhendez vous ? Si non, quels étaient les projets que vous avez initiés les années précédentes ?
Oui, c’est la première fois. Ça m’a toujours paru un défi de « faire » Avignon. Il faut être sûr de soi et de son œuvre artistique, il faut avoir les épaules, financièrement parlant, il faut être prêt à créer, à la machette je sais pas, mais à créer une clairière au milieu de la jungle !
Le premier travail étant de trouver le bon lieu au bon horaire pour jouer : ne pas tomber chez les marchands du temple pour qui l’artiste est juste bon à remplir une case et le porte-monnaie. Je pense qu’on est plutôt pas mal tombé à l’Esperluette à 18 h.
Pour répondre à votre question, on appréhende plutôt sereinement Avignon 2011, on s’y prépare.

3 – Comment avez-vous découvert ce texte ? Quel a été le déclic qui vous a donné l'envie de mettre en jeu cette pièce ?
En 2008, je crois, un ami me prête Les Soliloques du Pauvre de Jehan-Rictus. Je cherchais un texte à monter, pour créer un spectacle engagé, politiquement et socialement, un texte qui raconte quelque chose d’aujourd’hui, qui dénonce. La force du Théâtre est là, elle est éminemment politique, et ce depuis les Grecs anciens, beaucoup l’oublient.
Jehan-rictus a décrit tout au long de ses différents textes la vie des exclus de la société, les gueux, mais aussi les ouvriers miséreux. Il leur a donné la parole, décrivant dans un parler populaire, le parler-de-la-rue mâtiné d’argot parisien de la fin du XIXème siècle, leurs colères, leurs regards sur la société, leurs réalités, leurs rêves aussi. Les gueux, les exclus ont souvent plus d’âme que nous autres.
Cette parole, cette écriture, cette gouaille, je les ai tout de suite trouvé éminemment théâtrales. Le déclic a été instantané.
On a créé un premier spectacle intitulé sobrement « Rictus » qui tourne encore, avec une scénographie imposante. J’ai voulu, pour continuer à partager cette parole, créer un autre spectacle, une autre adaptation donc des poèmes de Jehan-Rictus, un autre personnage, c’est « Les Jolies Loques » que nous présentons cet été.

4 – Le texte de Jehan-Rictus date de la fin du 19ème siècle. Cela ne vous révolte pas de voir à quel point le triste propos résonne encore trop fortement dans l'actualité de ce début du 21ème siècle ?
Bien sûr, je suis révolté, je ne comprends pas l’inconséquence de nos gouvernements successifs, leur surdité face à la vie, à la société. Pourquoi n’écoutent-ils pas ceux qui pensent : René Dumont, Pierre Rahbi, Bourdieu, des centaines d’autres depuis des centaines d’années, essayistes, gens de terrain, vrais journalistes, quelques hommes et femmes politiques,… Pourquoi sont-ils tellement faibles face au pouvoir économique, au pouvoir de l’argent ? On va avoir beaucoup de mal à se remettre des cinquante dernières années, même si, sur certains sujets, beaucoup de progrès sociaux et politiques ont été réalisés, surtout par les gouvernements de gauche, il faut le dire.
C’est aussi parce que dès la lecture de Jehan-Rictus, j’y ai senti que 110 ans après ce texte restait d’une brûlante actualité que j’ai voulu le monter, le partager.

5 – Dans l'extrait de présentation vidéo*, c'est assez remarquable et saisissant comme les sonorités de votre voix et de l'accordéon sont justes et harmonieuses. Comment avez-vous procédé pendant les répétitions ? Avez-vous placé votre voix sur la mélodie ou alors est-ce l'accordéoniste qui s'est mis à l'écoute des émotions véhiculées par votre personnage ?
Merci de votre remarque. Elle prouve que, au moins pour vous, et pour d’autres, c’est là un retour qu’on a déjà eu, nous sommes arrivés à créer une vraie musicalité dans ce spectacle.  Avec Philippe le musicien accordéoniste, un virtuose, nous nous écoutons. C’est là le B.A.BA  de tout travail entre comédiens, l’écoute, laisser l’espace aux silences aussi, qui favorise la transmission de l’émotion qu’elle soit musicale ou dialoguée.
Nous avons travaillé assez simplement et les arrangements musique / voix se sont inscrits relativement rapidement : propositions de part et d’autre et répétitions. Moi, comédien, le travail était de sentir, ressentir la musique, faire en sorte qu’elle fasse partie du texte. Le musicien accompagne et ne doit pas seulement exécuter son morceau. Il est un personnage sur scène, silencieux par la parole et fidèle, un compagnon de route.

6 – Est-ce un challenge pour vous ce grand exercice de monologue ?
Non. C’est notre travail. Il y a des monologues au sein de nombreuses pièces de théâtre qui me semblent plus compliqués que ça. Ce spectacle dure une heure. « Rictus » dont je parlais tout à l’heure et où je suis aussi seul en scène, dure 1 h 20.

7 – Enfin, quel est le message le plus important que vous voulez véhiculer au public à travers ce spectacle ?
Révéler la part d’humanité de nos exclus pour les regarder autrement, arrêter d’en avoir peur. Révéler l’actualité d’un texte écrit à la fin du XIXème. Partager un point de vue sur la vie et la société : et si, sur certains points, c’était le Gueux qui avait raison ?

On en doute pas une seconde ! Rendez-vous à Avignon, au théâtre de l'Esperluette, en Juillet.

*Voici la vidéo-teaser qui donne un avant goût magnifique du spectacle.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xh7nds_theatre-de-l-hymenee-les-jolies-loques_creation[/dailymotion]

antoine chapelot les jolies loques théâtre de l'Esperluette théâtre de l'Hyménée Avignon off

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