Laurent Ruquier promu directeur du Théâtre Antoine

Mais on ne l'arrête plus ! Entre son métier de comédien, dramaturge, animateur radio / TV,  producteur, metteur en scène et découvreur de talents, le multi-casquettes Laurent Ruquier s'est "offert un petit extra" en devenant propriétaire et nouveau directeur du Théâtre Antoine. Illustre Théâtre à Paris ayant accueilli "les plus belles œuvres de l'humanité", le Théâtre Antoine a été dirigé par les plus grands artistes de théâtre français : André Antoine lui -même, Firmin Gémier, Simone Berriau, Héléna Bossis et dernièrement Daniel Darrès. Autant dire que Laurent Ruquier ne passe pas derrière n'importe qui et ne récolte pas n'importe quoi.

Source : le-plume.blogspot.com

Déjà, le Théâtre ne s'appelle pas Antoine par hasard. C'est André Antoine lui-même qui lui a attribué son nom quand il en a pris la tête en 1897. Vous ne savez pas qui est André Antoine ? Il faut savoir qu'il est considéré dans l'Histoire du Théâtre comme l'inventeur de la mise en scène moderne en France. Rompant avec le théâtre de boulevard, Antoine montait uniquement en scène des jeunes auteurs non-connus et travaillait les textes très profondément avec sa troupe du Théâtre Libre, avant de les jouer devant un public. Très curieux des cultures européennes et minutieux dans son travail, il va mettre en avant pour la première fois en France des dramaturges scandinaves comme Henrik Ibsen. Dans ses mises en scènes, il va libérer le jeu de l'acteur pour le rendre plus juste et moins grandiloquent. Il va ainsi se battre contre ce qu'il appelle le "cabotinage du boulevard" : un jeu d'acteur trop exagéré, délibérément sur-joué, qui résonne comme faux et insupportable à ses yeux. Selon lui, un acteur doit vivre ses émotions, pas les feinter ou en grossir les traits sans âme aucune.

Provocateur, il va théoriser sa mise en scène en partant du principe que la scène a quatre murs, et qu'on en abat un pour que le public voit une scène du quotidien, qu'il n'est pas censé voir : c'est le "quatrième mur abattu". C'est surtout le point de départ de l'histoire de la mise en scène moderne. Ainsi, pour exemple, le comédien peut pour la première fois jouer dos au public, vu que ce dernier n'est pas censé être là. Le tout-Paris de la fin du 19e siècle, franchement snob et peu ouvert à  l'avant-gardisme artistique,  est assez remonté contre ses pratiques qui sont totalement inhabituelles ! Selon eux, les acteurs sont là pour divertir le public, jouer avec lui, et non pas l'ignorer.

En 1906, Firmin Gémier prend la tête du Théâtre Antoine et garde en tête les préceptes de la mise en scène moderne initiés par Antoine. Bien qu'il ne partage pas toutes ses théories, il comprend et a les mêmes exigences du travail de l'acteur. Enfin, Simone Berriau, Hélèna Bossis et son époux Daniel Darrès ont tous eu successivement ce genre d'exigence avec la direction artistique du Théâtre Antoine, tout en proposant parfois du théâtre grand public pour équilibrer les recettes... qui sont aujourd'hui totalement déséquilibrées faute de moyens suffisants.

Dès lors, Laurent Ruquier et son associé Jean-Marc Dumontet (ndlr : producteur de Nicolas Canteloup) ont acheté la société de gestion du Théâtre Antoine, pour succéder à Daniel Darrès, décédé en Avril dernier, et ont récupéré les dettes qui allaient avec. Une partie de l'argent versé a épongé le plus gros du déficit, chose qui pourra le faire fonctionner dès la saison prochaine. Laurent Ruquier a évoqué vouloir faire place aux nouveaux auteurs dramatiques, selon lui, trop de talents sont dans l'ombre. Il mettra ainsi en avant les nouvelles plus belles œuvres artistiques de l'humanité, selon lui.

Beau projet, mais aussi coup de projecteur assez important sur la structure, compte tenu de la grosse couverture médiatique de son nouveau directeur. En ne doutant pas de la bonne volonté de Laurent Ruquier, on peut tout de même être sceptique sur l'orientation artistique que prendra le Théâtre Antoine. Aura-t-on droit à un énième théâtre consacré au seul divertissement ou alors M. Ruquier regardera un peu en arrière pour prolonger les volontés artistiques de ces illustres hommes et femmes de théâtre avant lui ? N'oublions pas, Laurent Ruquier symbolise aujourd'hui une part de ce théâtre que n'aimait pas Antoine : le théâtre facile, qui privilégie le divertissement avant la force de proposition artistique. Néanmoins, nous pouvons lui donner le bénéfice du doute, peut-être que cette expérience nous montrera une autre facette de sa personnalité que le simple trublion du service public ! Bon courage dans cette nouvelle ambition !

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Commentaires (3)

packman
  • 1. packman | 03/07/2012
Salut
ruquié a sa télé, a sa radio, et maintenant a son théatre .
Les parvenus ne sont pas les plus compétents, ils ont juste les moyens.
C'est un sarkosy du rire.
Ce petit opportuniste ne merite pas son succès, ce n'est qu'un camelot .
Il n'est qu'un exploiteur de l'humour des autres.
Plus belle sera sa chute.
Eteignons enfin nos télés pour que ce genre de personnage disparaissent de nos vies.
Marchons du pied gauche sur ces choses là.
ça nous portera bonheur.
John
Dans la continuité de mon champêtre homologue et ni plus ni moins consentant NicoGiraud, les immondices perpétré par ces piètres énergumènes ne sont grosso-modo que de vaillant comparses, non sans mal agis et qui plus est, acolytes de leurs tourments.
nicogiraud
  • 3. nicogiraud | 02/08/2011
Fort de cette acquisition, et de la liberté de ton qu'on lui connait, Monsieur Ruquier semble désormais fin prêt à offrir leur chance aux plus discrètes forces créatrices dont je grossis modestement les rangs. Cette nouvelle sonne comme un appel à l'espoir pour nous autres trublions, bardes et autres saltimbanques. Enfin, le Monde pourra se repaître de nos fières galejades et subtiles calembours. Onis ces ronds de cuirs à l'humour constipé, à nous les éternelles planches de la gloire!

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