La guerre : du spectacle vivant ?

Branchez vous sur votre radio et écoutez les informations à propos des forces armées françaises évoluant en Libye. Vous ne repérez pas quelque chose de percutant dans l'analyse des stratégies ? "Les troupes sont arrivées sur le théâtre des opérations..." "La compagnie a œuvré dans une ville devenue le théâtre des conflits..." L'utilisation du champ lexical du spectacle, lui-même relié à la thématique de la guerre, semble assez paradoxale compte tenu de la symbolique que cela implique. Le spectacle divertit et élève l'esprit, la guerre ne relève pas de ce niveau là.

Source : reocities.com

En ce moment, alors que l'on célèbre le théâtre à Avignon, des milliers de militaires français sont envoyés au Moyen Orient pour combattre et renverser les gouvernements dictatoriaux. De ce fait là les médias radiophoniques font de la situation en Libye une de leur priorité actuelle. Pour des raisons évidentes d'angoisse face à la possible perte de membres de la famille, l'opinion publique est assez défavorable au déploiement des forces armées sur les terres insurgées. Ainsi, il semble coutumier dans la profession journalistique d'utiliser un vocabulaire empreint de camaraderie, d'honneur et de jeu pour calmer les doutes et apaiser les hostilités chez les civils. Ce procédé n'est pas nouveau. C'est donc pour cela que l'on ne s'en rend pas compte au premier coup d'œil, mais à bien y regarder c'est une forme légère de propagande. On préfère penser que ce sont nos "troupes" nos "compagnies" qui sont sur le "théâtre des opérations." Cela donne un sentiment que nos hommes sont moins en danger, qu'ils sont moins atteignables et quelque part, il est possible que ces mots réveillent en nous un certain patriotisme sous-jacent.

Mais soyons un peu alerte sur la symbolique réelle de ces mots. En premier lieu, quand on parle de troupes, de  théâtre et  de compagnies, on est attaché à une forme de divertissement noble qui élève l'esprit, qui ouvre l'âme humaine à toute une beauté du monde. Quand on parle de guerre et de stratégies offensives de l'armée; on s'éloigne largement de ces vertus.

Bien évidemment, sur scène il existe et existera toujours une forme de violence dans des propositions artistiques mais cela reste un faux-semblant : un jeu. Une manière d'exorciser des faits réels atroces. Qu'en est-il de la guerre ? Là, il ne s'agit plus de "pour de faux" , on est dans le monde réel et c'est à l'encontre des préceptes du spectacle vivant que de mettre fin à la vie d'un homme. La cruauté des hommes n'est pas un théâtre, il ne s'agit pas de la mort de Molière sur scène, on parle là de milliers d'hommes qui perdent leur vie d'une manière beaucoup moins glorieuse. Comment peut-on ainsi mêler les termes de manière à dresser un champ lexical rapprochant les arts du spectacle à la destruction humaine ? Ne trouvez-vous pas cela totalement déplacé ?

Théâtre

Commentaires (5)

aurore ac
  • 1. aurore ac | 13/07/2011
Comment renverser un argumentaire en le rendant totalement idiot... Je crois qu'il vaut mieux que j'évite de répondre à ce genre d'attaque en règle, sinon pour la première fois sur le Mag, le point Godwin sera atteint. Maintenant, il ne faut pas oublier que la politesse est de mise sur Agenda Culturel et que prendre le rédacteur pour quelqu'un d'inculte et d'irréfléchi, c'est grandement manquer de tact. A bon entendeur...
nicogiraud
Les médias ? les médias n'ont rien à voir là dedans, une compagnie de gendarmes, ou de pompiers reste une compagnie, pour les médias comme pour tout le monde. Idem pour un "théâtre d'opérations". Les médias n'ont pas l'exclusivité, ni la paternité de ces appellations. Toutes les choses, de l'art ou de la guerre, ont un nom depuis fort longtemps, bien avant que n'advienne l'ère de la soit-disant manipulation du gentil peuple asservi par les tout-puissants médias.

Quant à dire que l'étymologie n'a rien à voir avec le sens d'un mot et la façon dont on l'utilise, je t'invite à consulter le sens du mot "étymologie". A moins, que, une fois ne serait pas coutume, les dicos soient écrits par les médias, pour nous "manipuler".
Raph
  • 3. Raph | 13/07/2011
Peut-être est-ce tout simplement des expressions reprises par certains animateurs radio afin d'éviter les répétitions ?!
Et qu'il n'y a donc pas matière à débattre...
aurore ac
  • 4. aurore ac | 13/07/2011
Je n'ai pas dit que l'un l'avait volé à l'autre, j'ai dit que les médias s'étaient emparés d'un même champ lexical pour aborder finement la question de la guerre. Cela change tout ! Que chaque domaine utilise ces mêmes mots, c'est une chose. Quand un média s'approprie des termes pour diriger une opinion à des fins de manipulation de la pensée, c'en est une autre ! L'étymologie des mots n'a finalement pas grand chose à voir là dedans.
nicogiraud
Compagnie: du latin cum (ensemble, avec) et panis (le pain): groupe de personnes qui partagent le pain. Théâtre, du latin également "lieu où l'on regarde".

Le sens historique de ces mots ne convient pas plus à l'une qu'a l'autre des disciplines. Le monde artistique et l'univers millitaire se sont peut être emparés de ces termes sans pour autant se les voler l'un l'autre ...

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