Festival d'Avignon 2011 : la polémique Cantat - Trintignant

Coup de théâtre sur le Festival d'Avignon 2011 ! Jean-Louis Trintignant, invité par France Culture pour un récital de poésie durant le festival, a menacé Jeudi dernier de ne pas s'y produire pour une seule raison : Bertrand Cantat, ex-compagnon de feu sa fille Marie Trintignant, participe à l'évènement dans le cadre du spectacle Des Femmes, mis en scène par Wajdi Mouawad. Dès lors, par respect pour le père de sa défunte épouse, le musicien controversé du groupe Noir Désir a décidé le lendemain de se retirer du spectacle. Le Mag' revient sur cette polémique qui secoue déjà cette 65ème édition du Festival.

Rancœur chez les artistes : le souvenir de Marie Trintignant

Jeudi 7 Avril 2011, Jean Louis Trintignant rend public son intention de boycotter le festival d'Avignon pour la seule cause que Bertrand Cantat y est aussi programmé dans un autre spectacle. Pour éviter les scandales publics, Bertrand Cantat, qui devait figurer dans le Chœur Antique pendant les représentations Des Femmes, de Wajdi Mouawad, se désiste le lendemain, par respect pour le père de son ex-compagne.

Leur "pomme de discorde" a pour nom Marie Trintignant, la fille de Jean-Louis Trintignant et compagne de Bertrand Cantat en 2003. Le 26 Juillet 2003, à Vilnius en Lituanie, l'actrice Marie Trintignant et le musicien du groupe Noir Désir Bertrand Cantat, alors amants depuis plusieurs mois, se disputent violemment sur des sujets personnels après le pot de fin de tournage de Marie. Le ton monte de plus en plus et dans la lutte qui les oppose, Bertrand Cantat porte plusieurs coups au visage de Marie Trintignant. Elle tombe alors au sol, inanimée. Sous l'emprise certaine de l'alcool, le chanteur ne se rend pas compte de la gravité de la situation. Il porte sa compagne jusqu'à son lit et n'appelle les secours que le lendemain matin. Malheureusement, elle est à ce moment là dans un coma profond et le diagnostic vital est en jeu. Dans un état de mort cérébrale, elle est rapatriée d'urgence en France à la demande de sa mère, Nadine Trintignant, le 31 Juillet. Le lendemain, elle décède dans une clinique de Neuilly sur Seine, des suites de ses blessures.

Après un procès en Lituanie puis en France, Bertrand Cantat est mis en examen, le 20 Août 2003, pour cause de violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner et de non assistance à personne en danger. Il est alors condamné à une peine de 8 ans de prison, effective dès le 29 Septembre 2004. En 2007, il est libéré pour bonne conduite, provoquant une forte indignation dans la famille Trintignant. Des années plus tard, Jean-Louis ne pardonne pas à l'homme responsable de la mort de se fille et lui voue une haine sans limite.

 

Le spectacle doit continuer... Vraiment ?

La polémique soulevée par la haine, si elle est légitime sensiblement parlant, ne devrait pas interférer dans un cadre aussi professionnel qu'est le Festival d'Avignon. En effet, outre le désordre de la distribution sur le spectacle de Wajdi Mouawad causé par le désistement pratiquement forcé de Bertrand Cantat, l'indignation de M. Trintignant fait déborder de manière significative la sphère privée dans un cadre professionnel.  De plus, les amateurs des deux univers artistiques se retrouvent contraints de ne plus profiter que d'un seul de ces professionnels du spectacle vivant.

Si le souvenir du calvaire de Marie Trintignant est toujours gravé dans toutes les mémoires, il est néanmoins difficile de supporter d'être privé de la présence physique de Bertrand Cantat, talentueux musicien et chanteur, dans ce qui devait être le spectacle de sa réinsertion post-incarcération. Jusqu'à quand devra-t-il faire les frais, dans son cadre professionnel et artistique, donc normalement éloignée de la sphère privée, de ce qu'il considère lui-même comme la plus grosse erreur de sa vie ? Comme le dit Vincent Baudriller, co-directeur du festival, c'est un artiste qui "a purgé sa peine." Il a connu la prison, la dissolution de son légendaire groupe de musique, la honte et l'humiliation publique d'être le visage médiatique de la violence faite aux femmes. Pourquoi un tel acharnement supplémentaire contre un homme déjà affecté à vie par ce terrible incident ?

En outre, M. Trintignant, si compréhensible est sa position, est-il en droit de bouleverser comme il le fait la construction de l'œuvre scénique de son congénère Wajdi Mouawad ? Ce dernier avait en tête une ligne artistique basée sur l'empreinte musicale du chanteur. La force du théâtre réside dans le fait qu'il est vecteur de lien social, qu'il interroge l'humain au centre de la société et qu'il porte toujours un regard vers l'avenir. Cette controverse ne semble pas être en adéquation avec ces valeurs. Bien qu'il ait le droit de détester l'homme à l'origine de son malheur, faut-il pour autant rejeter aussi son talent artistique ?

De même, il subsiste un détail un peu absurde dans l'emportement de l'acteur. En effet, Jean-Louis Trintignant, invité pour un récital de poésie, est prévu le 9 Juillet, au Musée Calvet d'Avignon, alors que la programmation du spectacle Des Femmes, dans lequel devait chanter M. Cantat, commence le 20 Juillet à 10km de là, dans la Carrière Boulbon. Ils ont donc potentiellement très peu de chance de se croiser ! Néanmoins, c'est le simple fait d'être associé dans la programmation d'un même festival qui symbolise son indignation. Dès lors, les dirigeants et Bertrand Cantat lui-même acceptent cette réaction.

Cette affaire soulève donc de nombreux problèmes comme la qualité de la réinsertion d'un ex détenu, les effets de la médiatisation d'un scandale dans la vie d'une personnalité publique et la facilité pour le monde artistique de repousser un artiste controversé. Cependant, le plus important est de véritablement se poser la question : le Théâtre peut-il totalement faire fi de la sphère personnelle au profit du bon déroulement d'un spectacle ?

N'hésitez pas à nous faire part de vos réactions sur cette affaire complexe, mais ô combien humaine, qui interroge les fondements du Spectacle Vivant.

Festival Festival d'Avignon Bertrand Cantat Jean Louis Trintignant

Commentaires (7)

kass
  • 1. kass | 25/04/2011

quelle stupidité de programmer Trintignant et Cantat?Après, les problèmes de communication des institutions concernées ne nous regardent pas ,nous spectateur,cette tambouille interne beurk..Résultat nul!,Polémique morbide, comme souvent un départ d'intention culturelle se retrouve dans les pages Voici et cie..Maintenant ,je vous dis ça ,c'est rien que mon point de vue,Cantat ,il ferait mieux de se la jouer ailleurs,ouais il a ben souffert ,l'a payé,ok,mais il peut comme ce qui l'avait promis(si si ill'a dit!) attendre la disparation de mr et md Trintignant pour sauter en l'air et chanter yeah yeah rocknroll!!!je trouve ça bien que le groupe est décidé de se séparer,ce n'est d'ailleurs pas un choix de BC,mais bon tout ça c'est du blahblah ça fait juste parfois discussion le soir o tour d'un verre de Bordeaux..
ET pour finir, JL Trintignant est un acteur que j'aime beaucoup,et très belle relation avec Marie(voir les poèmes à Lou)

LN
  • 2. LN | 19/04/2011

Effectivement le point d'explication supplémentaire éclaire autrement la situation. Le problème de communication entre les deux institutions organisatrices reste en cause, mais le plus dommage, le plus triste aussi, est que tout cela se soit déroulé devant micros et caméras alors que M. Trintignant aurait pu tout simplement refuser de participer sans crier au boycott.

Violette
  • 3. Violette | 12/04/2011

En accord avec les commentaires précédents.

Ce qui me désole maintenant, c'est que fleurissent des articles -pas du tout celui-là- sur la présence de Bertrand Cantat ci ou là, cherchant la surenchère par des titres provocateurs genre "la Belgique l'accueille à bras ouverts", uniquement pour refaire du buzz, qui au final, nuit à toute l'équipe de la troupe de Mr Mouawad en plus de nuire à Bertrand Cantat.

J'espère pouvoir voir cette pièce quelque part en tout cas, et avec Mr Cantat en prime, car je ne remets pas en question la manière dont un metteur en scène a envie de montrer son travail au public qui souhaite s'y rendre.

aurore-ac
  • 4. aurore-ac | 12/04/2011

Je vais ajouter un point non négligeable que je n'ai pas correctement expliqué dans cet article. En fait, la programmation donnée avec tous les spectacles présents dans l'avant programme, comprenant le spectacle de Wajdi Mouawad dans lequel devait apparaitre Bertrand Cantat, a été accepté par les directeurs du festival, et toute la ville avec élus et service culturel compris. Pas de réactions sur la présence de B. Cantat, c'est un artiste comme un autre.
La véritable "bourde" est venue ensuite et a été lancée par France Culture qui a invité au Musée Calvet, pour une animation supplémentaire du Festival, Jean Louis Trintignant pour le récital de poésie. Provocation ou problème de communication entre les deux institutions? J'ai l'impression que c'est un peu des deux, ce festival aime provoquer mais cette fois ci, ce sont deux artistes qui s'en prennent plein la tête, ainsi que tous les amateurs de leur travail respectif. Comme le dit LN, tout le monde en paye les pots cassés, et il n'y aura au final aucun débat constructif possible sur ce qui devrait être au centre de la préoccupation de tous les passionnés : la proposition artistique de Wajdi Mouawad.

LN
  • 5. LN | 12/04/2011

Le problème ne vient pas à l'origine de M. Trintignant mais bien entendu des organisateurs. Ils n'auraient pas dû programmer ces deux spectacles la même année ou tout au moins ils auraient dû en avertir les premiers concernés avant qu'ils ne s'engagent pour le festival. Jean-Louis Trintignant n'aurait jamais dû découvrir trop tard que la programmation était ainsi faite. C'est un manque de sensibilité évident (et non une question de qualité de la réinsertion) et tout le monde en paye les pots cassés.

Dam

C'est quand même dingue ! Les mecs de la prog ils ne bossent pas ensemble ? J'ai appris ca à la radio, et j'ai halluciné. Pour sur, les responsables de cette "erreur" on dut passer un sale quart d'heure !
Est-ce que cette édition sera marquée par cette erreur ? J'espère que le public sera au rendez-vous et que tout cette polémique sera oubliée pour le début du festival !
En tout cas, Agendaculturel its rock !

luz
  • 7. luz | 11/04/2011

Je pense que les organisateurs ont eu un manque de dicernement quant au choix de ces deux aristes sur un même festival, et en ce qui me concerne je comprends la motivation de Mr Trintignant

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