Expo scandale : l'œuvre d'art échec et mat ?

"C'est un scandale !" "Comment peut-on qualifier cela comme de l'Art ?" "C'est artistique de repousser violemment les gens devant une œuvre ?" Toutes ces critiques ont déjà été entendues quand une exposition d'œuvres d'art a déplu par la non-conformité de son thème, son éthique ou de sa moralité. Le Mag' pose aujourd'hui le problème de la violence d'une œuvre confrontée à une autre : celle de sa réception. Quel est le plus gros scandale : la moralité du regard de l'artiste ou la violence du regard posé sur son travail ?

© Andres Serrano, Piss Christ, 1987

Au début du mois s'achevait une exposition à Avignon. Somme toute, c'est une chose ordinaire ! Cela l'est moins quand une œuvre de l'exposition de la Collection Lambert, musée d'art contemporain en Avignon,  a fait tellement scandale qu'elle a été saccagée... Retour sur ce mécontentement extrême qui a provoqué la détérioration d'une photographie d'art.

Le 12 Décembre 2010 s'ouvrait au musée l'exposition "Je crois aux miracles" qui comprenait la photographie d'Andres Serrano nommée Piss Christ. Cette photo montre un mini crucifix en plastique plongé dans l'urine de l'artiste. La volonté de celui-ci  était de porter le message d'une souffrance supplémentaire du Christ sur la croix : l'homme martyrisé et exposé de manière cruelle n'avait plus d'intimité ni de dignité avant la mort. Seulement, une association de catholiques pratiquants voient tout de suite là un autre message. Selon eux, l'œuvre est blasphématoire : l'artiste pisse sur un symbole religieux. Point à la ligne. Pendant près de 4mois, ils clameront le scandale de cette exposition mais le musée défend l'artiste en continuant à exposer la photographie. La colère monte et l'inévitable incident arrive en conséquence le 17 Avril 2011 : le tableau est endommagé, un groupe de personnes est entré par effraction pendant la nuit pour casser le cadre de la photo. L' exposition ferme immédiatement en attendant de pouvoir jouir d'une sécurité plus accrue contre ces groupuscules violents. Quelques jours plus tard, l'exposition ré-ouvre jusqu'au 08 Mai, avec une sécurité renforcée : elle enregistre alors un record de visites après cette exposition médiatique.

Si le scandale a toujours éclaboussé les œuvres d'Art et les artistes dans l'Histoire, cela parait aujourd'hui disproportionné de détruire une exposition pour cause d'immoralité ou de blasphème. Il est vrai que cette polémique aurait pu naitre au 18ème siècle, dans un monde ultra religieux et puritain. Aujourd'hui, ce genre de discours artistique parait loin d'être le plus choquant qu'on ait pu voir, surtout après explication. Soit, c'est osé et risqué de brusquer un symbole religieux, mais ça n'est pas pour autant de la haine au vu du message originel de l'artiste. Cependant, la réaction des religieux semble a contrario extrêmement violente et choquante. Outre le fait que cela a engendré l'effet inverse de la volonté des religieux, c'est-à-dire un public venu en masse voir l'objet de la polémique, le scandale de l'affaire est bien triste. L'acte de destruction d'une œuvre est injuste et profondément arbitraire. Au nom de quoi jugent-ils qu'elle doit être censurée de la sorte ? De quel droit se permettent-ils d'humilier le travail d'un artiste ? Il faut savoir que le blasphème est une notion purement religieuse et qu'elle n'existe pas dans les textes de lois français. L'acte de violence est donc totalement passionnel et par conséquent intolérable, si l'on considère la liberté pour chacun de s'exprimer artistiquement, par le moyen que l'on désire.

Gardons la tête froide !

Néanmoins, c'est compréhensible que certaines personnes soient choquées par l'expression "brute de pomme" d'André Serrano. Un artiste se doit de rester objectif et de se demander vers quel public son œuvre est destinée. L'art sans cesse provoquant est éprouvant pour le spectateur et le pousse parfois dans ses plus bas retranchements. C'est malheureusement ce qui s'est passé, dans sa version extrême. Mais le moyen d'expression l'était tout autant.

En définitive, ce n'est pas un scandale supplémentaire qui va rendre l'art échec et mat. Par contre, c'est la violence d'expression de l'émetteur et du récepteur d'une œuvre qui amène à la censure. Un peu d'eau dans son vin permettrait de colmater un peu la fracture entre un artiste controversé et son public. Ainsi que le dialogue. Toujours le dialogue.

Et vous, quel est votre avis sur la question ? Censure ou expression sans limite ?

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